INTERVIEW DE RADIUM

12 JUIN 2003

  >> Le dernier album de Radium, « In extremist » est sorti le 23 mai 2003. A l’occasion de cet évenement, il a accordé à ELECTROMUSIK une interview exclusive le 12 juin dernier.

 Rencontre avec le maître du hardcore, à travers 25 questions, dans son bureau chez Audiogenic, à  Clichy...

 

Radium accueille ELECTROMUSIK dans les studios d' Audiogenic à Clichy

 

ELECTROMUSIK : Apres le succès de ton 1er album solo « Paranoïa Performance », sorti en Mars 2002, ton 2eme album « Inextremist » est sorti , lui, depuis 3 semaines sur Psychik Genocid.
Comment est ce que tu prépares généralement un album ?
RADIUM : Il n’y a pas de recette toute faite. Pour Paranoïa Performance, c’était plus une suite de morceaux que j’avais mis en ordre pour en faire un album. La, pour Inextremist, c’était plus une idée globale que je traînais depuis un ptit bout de temps et qui s’est affinée au fur et a mesure jusqu'à donner des morceaux qui s’enchaînent pour donner une histoire ou un ensemble, donc j’ai plus privilégié le travail de l’ensemble pour donner un truc cohérent et qui se tient du début à la fin .

Et pour Inextremist, tu t’es mis au travail quand ?
En janvier 2003.

Et ton idée de faire un 2eme album, elle est apparue dés que Paranoïa Performance est sorti ?
Non, en fait, j’avais des idées et je les ai laissé mûrir et donc vers mi-janvier, je m’y suis mis vu que j’avais déjà pas mal d’idée à appliquer.

Dans Inextremist, justement, un titre m’a beaucoup surpris, car il est très différent du reste de l’album et de tes dernières productions. Il s’agit de « Disconnect me », qui n’est pas du tout « hardcore » mais plutôt style « electroclash ».
Est ce que tu as envie de t’ouvrir à autre chose plus accessible pour le public, ou c’était juste histoire de faire quelque chose de nouveau ?

Ouais, c’était juste plus histoire de rigoler et de faire quelque chose de nouveau, de voir si j’étais capable de faire quelque chose de totalement différent dans un album hardcore et de l’intégrer dedans et vu que je me suis bien amusé a le faire et que j’étais agréablement surpris du résultat , j’ai décidé de le mettre dans l’album. Mais bon après, c’est au goût de chacun...

Parlons un peu de toi maintenant . Alors après avoir fondé le label Dead End en 1996, tu es désormais à la tête d’Audiogenic qui regroupe donc Dead End mais aussi Psychik genocid, Neurotoxic et Arena.
Comment as tu eu l’idée de créer Audiogenic ?
Audiogenic, c’est assez récent, c’est plus une structure pour réunir les différents labels dans lesquels je m’implique comme Dead End, Psychik Genocid et les autres.

Et Audiogenic a du succes aujourd’hui, et le hardcore en géneral se porte bien. Comment expliques tu cette réussite assez rapide du hardcore ?
Assez rapide, je trouve pas (rires) même si c’est vrai que y a pas mal de choses qui se font dans cette musique. Mais quand même, je pense pas que le hardcore ait connu un développement assez rapide, je pense que c’est un truc qui se construit petit a petit depuis 10 ans et je pense qu’on peut être content de ce que la scène hardcore a conquis en 10 ans mais voilà ça a été durement et chèrement acquis, je pense. Mais bon encore même maintenant, je pense qu’on est encore loin de pouvoir dire que le hardcore est un style tous publics ou grand public, ça reste quand même un style assez dédié à un public underground et ciblé.

Aujourd’hui, la plupart des labels comme Epileptik ou UWe par exemple qui sortent de plus en plus d’albums, se font de plus en plus connaître. N’as tu pas peur que le phénomène de mode s’installe dans le hardcore petit a petit et même si ce n’est pas encore le cas aujourd’hui, ca pourrait l’etre dans 5-6 ans ?
Ouais mais si c’est pas encore aujourd’hui mais dans 5-6 ans, pourquoi en avoir peur ? Le phénomène de mode, je pense que après, c’est aux acteurs de cette scène de le gérer au mieux. Je pense qu’on peut pas dire que ce soit négatif que il y ait un engouement de plus en plus de gens pour cette musique , au contraire , c’est ce qui peut faire progresser cette musique. Apres, que ce soit un phénomène de mode ou pas, je pense que c’est aux acteurs de la scène de le gérer et de faire en sorte justement que cela ne devienne un mouvement de mode et de garder une certaine honnêteté et sincérité.

Comment tu définirais ton hardcore à toi, par rapport a celui d’autres artistes ? Celui de Radium, c’est lequel ?
J’essaie de faire un hardcore plus abordable dans sa construction, c’est a dire peut être pas forcement faire des morceaux plus doux, ou d’utiliser des sons plus doux mais en gardant la dureté et la saturation de pouvoir faire une construction musicale plus lisible ou quelqu ‘un qui n’ pas forcement l’approche pour cette musique, pourra peut être mieux comprendre ce qu’il y a à comprendre qu’avec une musique vraiment hermétique ou c’est « boom boom boom » et sans construction.

Toi qui es dans le Hardcore depuis maintenant 10 ans, quelles sont pour toi depuis le début, les innovations marquantes du Hardcore ?
Purement musicalement, en 10 ans, il ya eu beaucoup de courants et beaucoup d’orientations différentes dans le hardcore , il y a eu des moments ou ça partait plus dans des délires plus speed, dans des délires plus lents ,dans des délires plus gais, dans des délires plus dark, je pense que toutes ces évolutions et toutes ces tendances ont chacune apporté leur pierre à l’édifice donc je pourrais pas dire quels changements en particulier ont vraiment été déterminants, je pense que c’est vraiment l’ensemble de tous ces courants et de toutes ces influences qui peuvent donner une musique aussi riche aujord’hui.

Ou pourra t’on te voir mixer dans les mois a venir ?
Pas mal dans l’est qui est une région assez friande de Hardcore. Je serais le 5 juillet a Strasbourg, et aussi le 19 juillet à la Terror machine, a St Avold , dans la région de Metz.

Et à l’ Astropolis?
Non pas cette année.

Radium face à son ordi et entouré de ses machines, cd's, vinyles ...

Et tu as d’autres projets après la sortie de ton 2 eme album, comme par exemple sortir un mix-album ?
Ouais, je pense un petit peu effectivement à l’ idée de sortir un mix en cd, à l’idée aussi de faire un cd avec mon autre pseudonyme « the nihilist », mais bon maintenant, c’est encore des idées que je laisse mûrir et il n’y a rien encore de concret ou de sur.

Tu avais deja sorti un mix-album: « Inhuman » vraiment super, donc on peut espérer un 2eme alors ?
Ouais, un successeur, j’espere (rires). Sinon, j’ai aussi pas mal de projets de jouer en live, vu que ca fait longtemps que sur Radium, j’ai pas le temps de jouer en live, donc je pense que je vais m’y remettre aussi.

Qu’as tu envie de dire aux personnes qui pensent que le Hardcore, c’est seulement pour les teufers er les gabbers qui vont en free party et que ce n’est pas une vraie musique ?
Ouais et bien , la même chose que je dirais a ceux qui disaient que la techno n’est pas de la vraie musique, ou a ceux qui disaient il y a 40 ans que le rock’n’ roll n’était pas de la vraie musique : voilà, a nous de repousser plus loin les limites de ce que l’on peut appeler de la musique ou pas, c’est peut être justement ça le challenge.
 

La scène des festivals et des raves a dernièrement connu quelques problèmes (ex : Astropolis qui a failli être annulé l’année dernière, Teknival du mois d’août 2002 reconduit à la frontière italienne…), on peut voir aujourd’hui un rebond de cette scène comme par exemple le teknival du 1er mai à Marigny qui s’est bien passé ou « Welcome 2 The Rave », quelle est ton opinion sur ce sujet ?
On va pas se plaindre que les pouvoirs publics aient fait des efforts pour que les grosses soirées « commerciales » ou des gros technivals puissent avoir lieu. Maintenant, je pense qu’il y a toujours eu une certaine rigidité de leur part et de la part des salles pour de ce qui est des soirées qui puissent être un petit peu régulières et dans des lieux de capacité conséquente. Quand on assistera à un dégel à ce niveau la, je pense que la, on pourra vraiment se réjouir. Car que ce soit dans des grosses soirées comme WELCOME 2 THE RAVE ou le technival de Marigny, a part des gros évènements, il y a peu de choses qui passent quand même.

Depuis quelques années, on peut voir dans les bacs de nombreuses sorties d’albums (Hellfish, Producer, Hardcoholics, Joshua, Manu Le Malin…). Quel artiste as tu le plus aimé dernièrement ?
Je dirais les bonnes vieilles valeurs sures et traditionnelles signées évidemment Hellfish et Producer chez Deathchant et Rebel Scum respectivement, pour qui j’ai énormément de respect pour leur musique, et dernièrement sinon Speed Freak qui a toujours été un de mes artistes phares et qui avait un petit peu abandonné le hardcore dernièrement et qui cette année s’y est remis a la très bonne surprise pour tout le monde.
Le dernier album de speed freak est d’ailleurs sorti sur ton label Psychik Genocid
Entre autre, ouais.

« Radium », c’est le nom d’un des titres de la regrétée Liza N’Eliaz sorti en 1993, qui était dans le hardcore depuis 1989. C’est quand tu a écouté Liza N’Eliaz que tu t’es dit que c’était le hardcore que tu voulais expérimenter ?
Oui, c’est un dj qui m’a vraiment énormément influencé dans cette musique et qui m’a énormément fait découvrir de choses. Mais pour ce qui est l’histoire du nom ; je dis juste que c’était par hasard, j’avais 5 minutes pour trouver un nom de dj donc j’ai pris le premier disque qui traînait, et c’est le premier titre qui m’ a un petit peu accroché donc c’est pas vis a vis de liza n’eliaz que j’ai choisi ce nom la. Mais sinon, j’ai énormément de respect pour elle aussi bien pour sa musique que pour la personne.

J’ai lu que Micropoint dont tu es issu , qui s’était créé en 1992, s’était arrêté en rapport avec UWe qui vous avait imposé a toi et à Al Core certaines conditions que tu avais refusé. Tu peux nous en dire plus ?
A part ce que tu viens de dire, je sais pas ce que je peux rajouter de plus détaillé sans rentrer trop dans le détail technique, a part que ya eu pas mal de pression effectivement de la part d’Uwe.
Tu voulais être plus autonome c’est ca ?
Voilà, disons que j’ai pas trop bien supporté les pressions que j’ai subi de la part d’Uwe. Mais bon, apparemment, mon partenaire, si. (rires)

En travaillant en solo, quelles nouvelles choses que tu ne pouvais pas expérimenter avec Micropoint, as tu pu faire avec Radium ?
Eh bien, toujours, je continue mon bonhomme de chemin musical, surtout au niveau de la technique et beaucoup de nouvelles choses sont passées au niveau des machines et logiciels... Je pense que c’est surtout à ce niveau la.


Radium et moi, webmaster de ce site...

Dans Anesthésie International de Micropoint, « Alien Bitch » est un titre fait avec Manu Le malin. En solo, as tu d’autres projets de composition avec d’autres artistes ?
D’autres projets de collaboration, pour l’instant non, a part quelques morceaux que j’ai déjà fait avec Hellfish et avec Tieum. Mais, pour l’instant, j’ai pas d’autres projets mais je suis ouvert à toute idée et j’attend que les idées me viennent. Principalement, je pense plus dans les optiques d’albums de collaborer avec des artistes qui font quelque chose qui n’a rien a voir avec de la techno ou de la musique électronique.

En dehors du Hardcore, qu’écoutes tu chez toi?
Chez moi ya encore pas mal de trucs que j’écoutais avant. J’écoutais de la techno, du rock progressif comme pink floyd. J’écoute aussi des trucs plus electro comme Dépêche Mode, New order, des trucs des années 80. Sinon dans les trucs plus récents, je sais pas, a part le hardcore, j’ai pas vraiment de courant que j’ecoute à 100%, c’est vraiment des trucs à droite à gauche quoi. Voilà, tu peux voir (en nous montrant sa collection de CD) Peter Gabriel, Manu Chao, New Order, Air, Mirwais... Voilà, c’est vraiment des trucs comme ca, a droite a gauche. J’ai bien accroché aussi sur Fatboy Slim, j’aime a peu près tous ses albums.

Dans le 1er album de Micropoint « Neurophonie », on pouvait entendre des extraits de THX 1138, un film de Georges Lucas des années 70, et dans « Anesthesie International » des dialogues de Dobermann. Ton dernier album « Inextremist » n’échappe pas à la règle avec par exemple un vocal du film Memento.
Le cinéma c’est ta 2eme passion ou c’est juste un délire de mettre des dialogues de films dans ta musique ?

Nan, c’est un délire, souvent c’est quand j’ai des idées pour tel ou tel morceau, je vois un film qui a un centre qui colle bien dans cette idée et donc je le prend naturellement, mais a part quelques films, je traque pas le sample dans le film, c’est vraiment quand l’idée tombe sur le coup.

Justement, pour rester dans le cinéma, quels sont tes films cultes ?
Euh, dernièrement, j’ai pas trop eu le temps d’aller au cinéma, c’est dommage, j’ai loupé pas mal de trucs. Mais dernièrement, j’ai pas mal aimé des trucs comme, en vrac, sur les 10 dernières années : Trainspotting, Dans la peau de John Malkovich, des trucs un peu comme ça, un peu originaux, et, évidemment Matrix. Sinon dans les vieux films, peut être More de Barbet Schroeder ou Pink Floyd a fait la musique, et THX 1138 (ndlr : le premier film de Georges Lucas, papa de Star Wars), aussi.

Radium et Gunjack d'ELECTROMUSIK

A Audiogenic, tu es le label manager. C’est quoi, précisément, ton travail ?
En fait, on est 3 à Audiogenic. Moi, je m’occupe de tout ce qui est direction artistique, donc tout ce qui est choix des musiques, masterisation, programmation des sorties en gros. Il y a Déborah, qui s’occupe de tout ce qui est administratif, fabrication, et juridique, et Audrey qui fait la promo.

Audiogenic , c’est maintenant 4 sous-divisions : Psychik Genocid, Neurotoxic, Arena, et Dead End. Une nouvelle est en préparation ?
Pour l’instant, on essaie déjà de faire tourner ces quatre la, et on verra naturellement s’il va en avoir d’autre ou pas.

L’interview touche a sa fin. Pour finir, un ptit mot pour les visiteurs d’ELECTROMUSIK ?
Euh… encore plus loin dans le son ?! (rires)

Ok, super, merci beaucoup Radium.
Merci à vous.


Propos recueillis par Primatz et Gunjack d’ELECTROMUSIK

Un grand merci à Radium et à Audrey d’AUDIOGENIC pour nous avoir accueilli à Clichy et accordé cette interview.

Copyright © DJ Primatz - ELECTROMUSIK Version 3.0 2005